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Lyon, le 25 octobre 2026
Pense-bête
Une même question depuis Descartes : qu'est-ce que l'esprit, et quel rapport entretient-il avec la matière du cerveau ?
Voici les grandes familles de réponses, des plus généreuses, qui ajoutent quelque chose au monde physique, aux plus avares, qui lui retranchent jusqu'à la conscience elle-même. Chaque rameau tient en une phrase.
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Dualisme — l'esprit et la matière sont deux réalités de nature différente.
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Dualisme des substances (Descartes, 1641) — l'âme est une substance pensante, distincte du corps étendu.
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Interactionnisme (Descartes, 1649) — les deux substances agissent réellement l'une sur l'autre.
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Parallélisme et occasionnalisme (Malebranche, 1674 ; Leibniz, 1695) — elles n'interagissent pas, leur accord est réglé d'avance.
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Dualisme des propriétés (Broad, 1925) — une seule substance, la matière, mais des propriétés mentales qui ne s'y réduisent pas.
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Épiphénoménisme (Huxley, 1874) — le mental est produit par le cerveau sans agir en retour sur lui.
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Dualisme naturaliste (Chalmers, 1996) — l'expérience vécue est une donnée fondamentale de la nature, au même titre que la masse ou la charge.
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Monismes non matérialistes — il n'y a qu'une seule sorte de réalité, mais elle n'est pas la matière des physiciens.
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Idéalisme (Berkeley, 1710) — seul l'esprit existe, la matière n'est qu'un contenu de perception.
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Monisme neutre (Mach, 1886 ; Russell, 1921) — esprit et matière sont deux arrangements d'une même étoffe, qui n'est ni l'un ni l'autre.
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Panpsychisme (Strawson, 2006 ; Goff, 2017) — une forme élémentaire d'expérience est présente partout dans la matière, jusque dans ses plus petits constituants.
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Physicalisme, ou matérialisme (Hobbes, 1651) — tout ce qui existe est physique, l'esprit y compris.
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Béhaviorisme logique (Ryle, 1949) — parler d'un état mental, c'est parler d'une disposition à se comporter de telle ou telle façon.
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Théorie de l'identité (Place, 1956 ; Smart, 1959) — chaque état mental est identique à un état du cerveau, comme l'eau est identique à du H2O.
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Fonctionnalisme (Putnam, 1967 ; Fodor, 1968) — un état mental se définit par son rôle causal et non par sa matière, de sorte qu'un autre support ferait aussi bien l'affaire.
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Computationalisme (Fodor, 1975 ; Newell et Simon, 1976) — penser, c'est calculer : manipuler des symboles selon des règles.
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Connexionnisme (Rumelhart et McClelland, 1986) — les fonctions mentales émergent de réseaux de neurones, sans règles explicites.
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Physicalisme non réducteur (Fodor, 1974) — le mental survient sur le physique sans se laisser traduire en lui.
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Monisme anomal (Davidson, 1970) — chaque événement mental est physique, mais aucune loi stricte ne relie les deux descriptions.
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Émergentisme (Broad, 1925 ; Sperry, 1969) — le mental surgit de la complexité et possède ensuite ses propres pouvoirs causaux.
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Naturalisme biologique (Searle, 1992) — la conscience est un phénomène biologique causé par le cerveau, bien réel mais qui n'est pas un programme.
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Éliminativisme (Paul Churchland, 1981 ; Patricia Churchland, 1986) — croyances, désirs et conscience sont des notions périmées, que la science finira par abandonner comme elle a abandonné le phlogistique.
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Illusionnisme (Dennett, 1991 ; Frankish, 2016) — la conscience phénoménale n'existe pas, le cerveau se représente seulement qu'il en a une.
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Théories de la conscience — non plus la nature de l'esprit, mais le mécanisme qui rend un état conscient plutôt qu'obscur.
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Espace de travail global (Baars, 1988 ; Dehaene, 1998) — un contenu devient conscient quand il est diffusé à l'ensemble du cerveau.
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Théories de l'ordre supérieur (Rosenthal, 1986) — un état est conscient quand un autre état le prend pour objet.
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Information intégrée (Tononi, 2004) — la conscience se mesure à la quantité d'information qu'un système intègre en un seul tout.
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Représentationnalisme (Dretske, 1995 ; Tye, 1995) — ce que cela fait de vivre une expérience se réduit à ce qu'elle représente du monde.
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L'esprit hors du crâne — l'esprit ne s'arrête pas aux limites du cerveau.
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Externalisme du contenu (Putnam, 1975 ; Burge, 1979) — le contenu de nos pensées dépend du monde et de la communauté, pas seulement de notre tête.
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Esprit étendu (Clark et Chalmers, 1998) — un carnet ou un téléphone peuvent faire partie de l'esprit au même titre qu'une mémoire.
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Énactivisme (Varela, 1991 ; Noë, 2004) — penser n'est pas représenter, c'est une activité du corps entier en prise sur son milieu.
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Mystérianisme (McGinn, 1989) — le problème est bien réel, mais notre espèce n'a pas les moyens cognitifs de le résoudre.
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